Qui a peur des femmes photographes? exposition Musée d’Orsay et musée de l’Orangerie

Jusqu’au 24 janvier (Orsay) et 25 janvier (Orangerie)

L’exposition est divisée en deux parties chronologiques: 1849-1918 est présenté à l’Orangerie, et 1918-1945 au musée d’Orsay.

 

Qui a peur des femmes photographes? s’attache à montrer que dès l’invention de la photographie, les femmes se sont saisies de ce nouvel « art » (pas vraiment défini comme tel au départ d’ailleurs) en y apportant une touche différente, sans que l’on puisse parler – à mon sens en tout cas – de touche nécessairement « féminine ».

 

1839-1918

C’est dans la partie de l’exposition qui se trouve à l’Orangerie que l’on voit plus facilement ce qui distingue les photographes femmes de leurs homologues masculins de cette époque. Il s’agit avant tout d’une distinction sur les sujets. Les scènes intimes et familiales sont très largement représentées, de même que des paysages de campagnes qui évoquent les dessins et aquarelles que les jeunes femmes de la haute société se devaient de peindre.

Car encore plus que pour la peinture, on se retrouve là face à un moyen d’expression qui est réservé aux plus aisés, parce que cher. Le meilleur exemple est la reine Alexandra (épouse d’Edouard VII) dont plusieurs photographies et collages sont exposés.

De façon plus étonnante, on trouve aussi des photographies sociales ou revendicatrices: celle des bœufs muselés et sous le joug avec comme titre « allégorie du mariage » est très drôle.

L’exposition montre également que des femmes photographes ont couvert la Première guerre mondiale. En effet, des appareils photos avaient été donnés à des infirmières afin de photographier leur quotidien. Photographies évidemment soumises à la censure.

 

1918-1945

Dans la seconde partie de l’exposition, j’ai trouvé qu’il était assez difficile de voir une quelconque spécificité « féminine » des photographies exposées. Les thèmes et les expérimentations (juxtaposition d’une photo sur l’autre – celle de la femme chat est superbe – travail sur la lumière, la composition etc…) sont les mêmes que celles réalisées par les photographes masculins de l’époque.

Certaines des photos, notamment de réfugiés ou de victimes de guerre, montrent une grande sensibilité, mais cela n’a rien de spécifiquement féminin: il suffit de regarder les photos exposées de Taro et les comparer à celles prises par Capa au même moment et au même endroit pour trouver la même humanité (voire parfois plus de douceur dans les photos de Capa qui, je trouve, cadrait beaucoup plus près que Taro).

Ce qui d’une certaine façon pose une autre question: pourquoi les femmes photographes sont-elles aussi peu connues? Parmi les photographies exposées se trouve celle de la mère migrante (Article wikipédia FR). Une photo mondialement connue (c’est la couverture de mon édition de poche des Raisins de la colère) mais avant de la voir dans cette exposition, j’ignorais totalement qu’elle avait été prise par une femme (idem dans la première partie de l’exposition pour le portrait de Darwin). Une des raisons à cela est la difficulté à l’époque pour tous les photographes à voir leur travail crédité avec leur nom clairement indiqué. Mais malgré tout, on ne peut s’empêcher de se demander pourquoi les femmes photographes ont eu tant de mal à être reconnues.

L’exposition a au moins le mérite de montrer qu’elles ont autant de talent et surtout qu’elles ont participé à l’aventure de la photographie depuis son invention.

 

Lors de l’expo j’ai acheté « Gerda Taro, Inventing Robert Capa » de Jane Rogoyska. Gerda Taro (Porohylle de son vrai nom) était l’amie et la compagne de Capa. C’est elle qui a eu l’idée de créer le personnage de « Robert Capa grand photographe américain » afin de lui permettre de vendre ses photos plus cher (André Friedmann, émigré juif hongrois n’était pas vraiment vendeur dans le Paris des années 30). Capa l’a initié à la photographie et elle a couvert avec lui la guerre d’Espagne. Elle mourut en 1937 après une bataille, écrasée par un char. Sa mort a, au dire de leurs amis communs dont Cartier-Bresson, beaucoup bouleversé Capa.

Jusqu’à très récemment l’œuvre de Taro était très peu connue. Ses premières photos de la guerre d’Espagne avaient été publiées sous le nom Capa (avec son accord), afin de faciliter leur achat par la presse. Peu après, elle réussit à publier sous son nom. En 1939 au moment de quitter la France, Capa cherche à mettre en sûreté toute une série de négatifs de la guerre d’Espagne, dont tous ceux qu’il avait conservés de Taro (et dont la plupart étaient clairement identifiés comme étant d’elle). Ces négatifs formeront la célèbre « valise mexicaine » retrouvée au début des années 2000. Ce n’est qu’avec la découverte de cette valise que l’œuvre de Taro a finalement pu être appréciée.

L’histoire de Taro et Capa est assez révélatrice des problèmes auxquelles ont été confrontées les femmes photographes qui fréquentaient ou travaillaient avec des hommes eux-mêmes photographes. Si les clichés n’étaient pas clairement identifiés (ce qui n’était pas toujours le cas notamment pour les photos de presse), ils finissaient par être attribués à l’homme avec lequel elles travaillaient/vivaient. Dans le cas de Taro et Capa, alors même que Capa n’a jamais cherché à s’attribuer les photos de Taro, après sa mort en 1954 une grande partie des photos de la guerre d’Espagne prises par Taro se sont retrouvées affublées de la légende « Photo Capa ». Ce qui montre bien un biais sexiste, très certainement inconscient, de nos sociétés.

 

Plus de détails sur l’exposition ici: Site du musée d’Orsay

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s