De la joie de redécouvrir les classiques

L’autre jour, n’ayant plus rien de neuf sur ma liseuse et ayant pas mal de déplacements en perspective, j’ai attrapé un bon vieux livre de poche, un de ces livres fidèlement trimbalé de déménagements transfrontaliers en déménagements transfrontaliers (3 en 9 ans, vive Schengen) mais pas rouvert depuis l’adolescence: les Trois Mousquetaires.

Je n’en attendais pas grand chose. Certes, je me souvenais l’avoir lu très (trop?) jeune, vers 9 ans (la date de dépôt d’impression de mon édition est de 1993), d’un crush d’ado sur Athos (nous ne rentrerons pas dans l’analyse psychologique d’une passion d’ado pour un personnage qui assassine sa femme. Deux fois.), d’avoir pleuré en lisant Vingt Ans Après (chapitre « place royale »), et de n’avoir jamais compris pourquoi Raoul s’obstinait à ne pas vouloir être heureux avec la jeune anglaise qui l’aimait au lieu de cette ennuyeuse La Vallière (à l’âge de 12 ans, nous lisions Bragelonne à haute voix – en faisant les voix – avec une amie dans la cour de récré). Mais voilà, cela restait pour moi un livre pour ado, assez peu susceptible de me passionner du haut de mon âge canonique de 33 ans.

Et puis…et puis d’Artagnan est entré dans Meung sur son cheval jaune et la magie a opéré. J’avais beau connaître chaque rebondissement, me souvenir de la moindre intrigue, je me suis retrouvée plongée dans le livre comme lorsque j’avais 9 ans. J’ai lu les Trois Mousquetaires en moins d’une semaine, idem pour Vingt Ans Après. Bragelonne m’en a pris deux parce que j’y suis allée à reculons. Déjà parce que c’est un livre triste, et aussi parce que très honnêtement, je trouve que le dernier volet se perd trop dans les intrigues de la cour de Louis XIV et que ces hommes d’un siècle nouveau ne valent pas ceux du règne précédent. Les passages entre le roi et d’Artagnan, et entre le roi et Athos restent d’ailleurs les meilleurs du livre.

Alors oui, plus de vingt ans après, je suis toujours amoureuse du bel Athos. Je pleure toujours à la Place Royale, et à toutes les scènes d’adieu de Bragelonne (la mort de Mousqueton…). Je ne regrette pas d’avoir relu Bragelonne parce que cela m’a permis de nuancer le mauvais souvenir que j’avais d’Aramis. Aramis complote, Aramis cause la perte de Porthos mais Aramis reste jusqu’au bout loyal à ses amis.

Il y a les succès de librairie, et il y a les livres qui vous accompagnent toute votre vie. Merci Monsieur Dumas.

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Samarcande, Amin Maalouf

Un livre recommandé par le « camarade » Herodot’com dans une de ses herodothèques (ici. D’ailleurs si vous ne connaissez pas Herodot’com et que vous aimez l’histoire, je vous conseille d’aller faire un tour sur sa chaîne YouTube, les vidéos sont très bien faites et très intéressantes). Autant dire que je partais avec un a priori tout ce qu’il y avait de plus positif sur ce livre, d’autant plus que j’avais beaucoup aimé Les Croisades vues par les Arabes du même auteur. Mais voilà, les a priori positifs ne sont parfois pas suffisants.

 

De quoi parle le livre ?

Selon une librairie en ligne bien connue (et pas vraiment pour son comportement éthique) : Samarcande, c’est la Perse d’Omar Khayyam, poète du vin, libre-penseur, astronome de génie, mais aussi celle de Hassan Sabbah, fondateur de l’ordre des Assassins, la secte la plus redoutable de l’Histoire. Samarcande, c’est l’Orient du XIXe siècle et du début du XXe, le voyage dans un univers où les rêves de liberté ont toujours su défier les fanatismes. Samarcande, c’est l’aventure d’un manuscrit qui, né au XIe siècle, égaré lors des invasions mongoles, est retrouvé des siècles plus tard. Amin Maalouf, l’auteur de Léon l’Africain, nous conduit sur la route de la soie à travers les plus envoûtantes cités d’Asie et nous ravit par son extraordinaire talent de conteur.

Selon votre humble servante : Samarcande, c’est l’histoire d’un livre de poèmes écrits au XIème siècle, volé et perdu, et des passions soulevées par ce livre, qui s’entremêlent aux passions politiques du XIème au XXème siècle.

 

Pourquoi lire ce livre ?

C’est un peu difficile à dire, parce que pour le coup, ce n’est pas un livre que j’ai vraiment envie de recommander, ou en tout cas pas de recommander chaleureusement.

Dans les aspects positifs, la première partie de l’histoire permet de découvrir Oma Khayyam et son œuvre, et la seconde la révolution constitutionnelle iranienne. Après, chacune de ces parties m’a laissé sur ma faim. On apprend trop peu sur Khayyam à mon goût, sur ses relations avec Hassan Sabbah (l’intérêt de ce dernier pour le manuscrit de Samarcande n’est à mon sens ni très évident ni très logique) et avec Nizam al-Mulk, et encore moins sur l’ismaélisme au XIème siècle. Quant à la seconde partie, si elle est très intéressante pour donner vie à une partie assez méconnue de l’histoire iranienne, j’ai eu le sentiment que son rattachement à la première partie du livre était factice, que le manuscrit n’était qu’un prétexte pour (très bien) raconter la révolution. Bien entendu, la seconde partie se veut un écho à la première, 800 ans après, pour montrer que fanatisme, idéalisme et réalisme politique sont des constantes de la vie humaine. Quant à l’artifice final pour expliquer la disparition définitive du manuscrit, « décevant » est le moins qu’on puisse dire.

Malgré tout, je ne dirai pas « ne lisez pas ce livre ». Lisez-le, c’est un classique, et peut-être qu’il vous parlera plus qu’à moi.

Livres de l’été/Summer reading – Midnight in Peking by Paul French

Another Paul French novel. This one was actually his first commercial success but I only read it after City of devils. And I loved it almost as much!

 

What is this about?

As described on an online-shopping site: Chronicling an incredible unsolved murder, Midnight in Peking captures the aftermath of the brutal killing of a British schoolgirl in January 1937. The mutilated body of Pamela Werner was found at the base of the Fox Tower, which, according to local superstition, is home to the maliciously seductive fox spirits. As British detective Dennis and Chinese detective Han investigate, the mystery only deepens and, in a city on the verge of invasion, rumour and superstition run rampant. Based on seven years of research by historian and China expert Paul French, this true-crime thriller presents readers with a rare and unique portrait of the last days of colonial Peking.

As described by yours truly: on a cold morning in January 1937, the mutilated body of a young woman is found near Peking’s legation quarter. She is the daughter of a former British consul and her death shocked Peking’s international community. But the investigation, run by a Chinese and a British detectives soon collapsed and led to no conviction. Collusion? Corruption? Or simply a murder too difficult to resolve? As the city collapses under Japanese invasion, Pamela Werner’s death is forgotten and her killers unpunished.

 

Why should you read the book?

As in City of devils, the book is brilliantly researched and gives a very good picture of life for the Europeans in the last days of “free” Peking, before the Japanese invasion. It is also a very tragic story, that of a brutal unsolved murder that brings to light the less savoury parts of international Peking: its “Badlands”, nearly as bad as Shanghai’s.

Despite its brilliant style, the book would have been frustrating if it was only a retailing – with some novelistic extrapolation – of the official enquiry. However, French had access to the other material (I’m trying hard not to spoil here) which enabled him to put together a plausible narrative of Pamela’s murder. By the time you’ve finished the book, you will be horrified by the murder, saddened by the lack of official punishment, but at least you will have a conviction as to who has done it.

It is a hard to put down book, which I really recommend if you like history and crime stories.

Livres de l’été/Summer reading – La nuit des Béguines d’Aline Kiner

Alors ce livre-là, lui aussi acheté à la boutique du musée de Cluny (oui, je suis coupable d’achats compulsifs dans les boutiques de musées), avait été mentionné lors d’une table ronde fiction de l’excellente émission « La Fabrique de l’Histoire » sur France Inter, et le titre m’était resté en tête.

 

De quoi cela parle-t-il ?

La version d’un site d’achat en ligne : Paris, au Moyen Âge, un bâtiment singulier borde la rue de l’Ave Maria, dans le Marais : le grand béguinage royal, fondé par saint Louis. Dans ses murs, vit une communauté de femmes hors normes. Veuves ou célibataires, nobles ou ouvrières, elles peuvent étudier, travailler, circuler librement dans la cité. Mais en 1310, la sérénité du béguinage est troublée par l’exécution en place de Grève de Marguerite Porete, une béguine de Valenciennes brûlée vive pour avoir écrit un livre qui compromet l’ordre établi… C’est là que commence le roman, alors que le royaume de Philippe le Bel amorce son déclin et que les persécutions contre les Templiers se multiplient. Ysabel, responsable de l’hôpital, vit là depuis vingt ans lorsque la jeune et rousse Maheut s’y réfugie. Celle-ci fuit des noces imposées par son frère, et la traque d’un inquiétant moine franciscain. Son arrivée est mal accueillie par la majorité des femmes du clos : les cheveux roux ne sont-ils pas l’oeuvre du Diable ? Dame Ade, qui aspire à se tenir en retrait du monde depuis la mort de son mari, regarde elle aussi avec méfiance la nouvelle venue. Ysabel est obligée de cacher sa protégée ailleurs dans la cité… Ce n’est que le début d’un saisissant suspense qui nous emmène dans une époque charnière d’une étonnante actualité.

Ma version : Paris, fin du règne de Philippe le Bel. Une jeune fille battue et mal nourrie est recueillie dans le grand béguinage royal. Son arrivée, et les conséquences de son accueil vont bouleverser la vie de ces Béguines, à un moment où leur existence est remise en question par les ordres religieux masculins, le Pape et même le roi.

 

Pourquoi lire ce livre ?

Parce que l’on apprend des choses peu connues sur Paris au Moyen-Âge. Je connaissais les béguines, pour avoir vécu en Belgique où il reste encore de nombreux bâtiments des anciens béguinages (notamment à Bruges) ou de quartiers portant le nom de béguinage (Bruxelles). J’ignorais par contre totalement qu’il y avait eu un béguinage à Paris, et encore moins qu’il avait bénéficié du patronage de Saint Louis. La complexité du monde des béguines, leurs relations avec l’extérieur, leur statut particulier, sont des sujets très bien mis en lumière par le roman. Le fond historique – persécution des Templiers, exécution de Marguerite Porete, le Miroir des Âmes Simples – sont également bien présentés et m’ont donné envie (en ce qui concerne Porete, parce que les Templiers j’ai récemment lu un livre assez intéressant sur le sujet – The tragedy of the Templarsde Michael Haag, une bonne critique est disponible icien anglais ou encore – et connaissait déjà l’histoire de leur procès) d’en apprendre plus sur le sujet.

Petit bémol, j’ai trouvé la fin assez moyenne, presque bâclée. J’aurais aimé quelque chose de plus étoffé sur le devenir des personnages. Cela reste cependant un bon roman sur le Moyen-Âge, agréable à lire et que l’on termine en ayant le sentiment d’avoir appris quelque chose (toujours un plus).

Livres de l’été/Summer reading – Histoire des peurs alimentaires. Du Moyen-Age à l’aube du XXème siècle, Madeleine Ferrieres

Alors oui, je sais, de prime abord ce n’est pas le livre que l’on achète pour les vacances. Mais c’est dommage parce que ce bouquin, acheté un peu au hasard dans la boutique du musée du Moyen-Age (qui a rouvert partiellement après travaux, allez-y, le nouveau bâtiment est super, le trésor bien mieux exposé et l’expo Licorne est très sympa), a été un de mes coups de cœur de l’été (dans un style très différent des Paul French).

 

De quoi cela parle-t-il ?

La version d’un site d’achat en ligne :Au-delà de la peur de manquer, il y a la crainte de manger du corrompu et du malsain. En même temps qu’il a cherché à réduire la pénurie, l’Occident a ainsi progressivement mis sous surveillance l’ensemble de la chaîne alimentaire. Notre comportement alimentaire a une longue histoire que Madeleine Ferrières s’attache ici à reconstituer. Des règlements médiévaux de boucherie à l’abattage systématique des animaux au temps de Louis XIV, de la peur des poisons à la suspicion à l’endroit des nourritures nouvelles, comme la pomme de terre, l’Occident invente un ordre alimentaire illustré de manière éloquente, au début du XXe siècle, par le Pure Food and Drug Act américain. Mais cette invention n’est pas allée sans une autre : celle du consommateur. Rassasié, prudent, voire savant ou se croyant tel, il appartient à l’utopie de l’abondance et de la sécurité. L’histoire des peurs alimentaires n’est ainsi rien d’autre que l’histoire de l’Occidental way of life.

Ma version : Contrairement à ce que nous pouvons penser, nous autres si fiers de notre modernité, la préoccupation des citoyens avec la qualité de leur alimentation ne date pas d’hier. Des réglementations concernant la viande (date limite de vente, éclairage des étals), les produits laitiers (interdit de jaunir le beurre pour le rendre plus attirant), le pain (levain ou levure de bière ?), du Moyen-Âge au 19ème, les pouvoirs publics n’ont cessé de légiférer pour assurer un standard minimum de qualité alimentaire. Pensez-y la prochaine fois que vous entendrez quelqu’un se plaindre des règlements de « Bruxelles » sur les appellations d’origine !

 

Pourquoi lire ce livre ?

Parce qu’il est tout simplement fascinant. Les premiers chapitres sont essentiellement consacrés à la viande au Moyen-Âge et à la Renaissance et on ne peut qu’être surpris de la quantité de règles édictées pour assurer aux habitants des villes une viande saine. Ce livre bat en brèche un bon nombre d’idées reçues sur la sécurité alimentaire et livre quelques pépites : j’ai ainsi appris que le Parlement de Paris avait au 17èmeinterdit de fumer dans les lieux publics parce qu’il jugeait cela nocif pour la santé des non-fumeurs ; au 17èmeet 18èmesiècle, une controverse du pain faisait rage opposant les tenants d’un pain traditionnel au levain (plus nourrissant) à ceux du pain blanc à la levure. Plus ça change…

L’ouvrage propose aussi une réflexion intéressante sur l’attitude des campagnes pauvres par rapport à la sécurité alimentaire. Ainsi la nocivité de l’ergot de seigle est connue, mais en période de disette il n’est pas possible de jeter les épis contaminés, alors les populations acceptent le risque d’ergotisme. De même, l’évolution du rapport à la pomme de terre, nourriture exotique, nourriture de temps de guerre, nourriture pour les cochons etc. montre bien la complexité du rapport des populations aux aliments.

Le style est clair même s’il s’agit d’un ouvrage très technique et très touffu. Ce n’est pas une lecture facile, néanmoins on apprend tellement de choses en lisant ce livre (les connaissances de ma famille en matière de sécurité alimentaire se sont grandement élargies cet été puisque je partageais chaque découverte avec eux) qu’on prend plaisir à s’accrocher et à le lire en entier.

Livres de l’été/Summer reading – Out of Africa by Karen Blixen

I decided to read Out of Africa not because I had seen the film (I still haven’t seen it) and been swayed by this wonderful and tragic love story taking place against the backdrop of amazing landscapes (or so my mother told me when I was complaining about this book), but because of a throwaway remark in Martha Gellhorn’s Travel with Myself and Another: Five Journeys from Hell. Because the book had been turned into a movie that was supposed to be very good I thought it would be a nice read. Well, no, it really wasn’t.

 

What is this about?

As described on an online-shopping site: From the moment Karen Blixen arrived in Kenya in 1914 to manage a coffee plantation, her heart belonged to Africa. Drawn to the intense colours and ravishing landscapes, Karen Blixen spent her happiest years on the farm and her experiences and friendships with the people around her are vividly recalled in these memoirs. Out of Africa is the story of a remarkable and unconventional woman and of a way of life that has vanished for ever.

As described by yours truly: Karen Blixen owns a coffee plantation in Kenya. It’s not a very successful plantation, and she will have to sell it by the end of the book. In this book she recalls events from the life on the farm, such as a shooting incident involving local people, visits by a local king, safaris, people she knew and her departure from Africa.

 

Why should you read the book?

Actually, I think you shouldn’t. I’m not saying I disliked it as much as Anna Karenina because at least Blixen is not unpleasant, but boy it’s boring.

The main drawback of the book, in my opinion, is that it is completely disjointed. There’s no linear narrative. You could have made 5 short stories out of each part. Or a better writer could have made something like Joyce’s Dubliners out of it, a series of stories whose only link is the place where they are set. But instead you get one fairly big book, with no passion, no sense of direction.

I did enjoy the story of the shooting incident for what it can tell of the Kikuyu people’s legal system (once you set aside the patronising tone, to be expected of a European woman of the time), but otherwise I found the book hard to read and couldn’t wait for her to sell her farm and go back to Europe.

As for the love story of the movie, well it’s not there. The character played by R Redford is there, but while Blixen’s love and admiration for him is obvious in the book (only in the latter parts, you have to go through the first 3 parts before you realise he was important in her life), it is not obvious that they are lovers, even though they apparently were (according to her biography on Wikipedia at least).

In a nutshell, a good writer might have made something of the material. I don’t think Blixen was a good writer, so for me all these stories were wasted on this book.

Livres de l’été/Summer reading – City of devils by Paul French

Paul French is my summer discovery. I bought City of devils after seeing a brief review in The Economist and because ever since my trip to Shanghai in 2010 I’ve been fascinated by the life in the International Settlement in the 20s and 30s. In general, I’m fascinated by decadent cities on the brink of catastrophe so you can add Berlin 1919-1934 to the list. I loved City of devils so much that I straight away bough other books by Paul French (another review to follow).

 

What is this about?

As described on an online-shopping site:1930s Shanghai could give Chicago a run for its money. In the years before the Japanese invaded, the city was a haven for outlaws from all over the world: a place where pasts could be forgotten, fascism and communism outrun, names invented, fortunes made – and lost. ‘Lucky’ Jack Riley was the most notorious of those outlaws. An ex-Navy boxing champion, he escaped from prison in the States, spotted a craze for gambling and rose to become the Slot King of Shanghai. Ruler of the clubs in that day was ‘Dapper’ Joe Farren – a Jewish boy who fled Vienna’s ghetto with a dream of dance halls. His chorus lines rivalled Ziegfeld’s and his name was in lights above the city’s biggest casino. In 1940 they bestrode the Shanghai Badlands like kings, while all around the Solitary Island was poverty, starvation and genocide. They thought they ruled Shanghai; but the city had other ideas. This is the story of their rise to power, their downfall, and the trail of destruction they left in their wake. Shanghai was their playground for a flickering few years, a city where for a fleeting moment even the wildest dreams seemed possible. In the vein of true crime books whose real brilliance is the recreation of a time and place, this is an impeccably researched narrative non-fiction told with superb energy and brio, as if James Ellroy had stumbled into a Shanghai cathouse

As described by yours truly:Shanghai in the 1930s. The international settlement, the French quarter (Frenchtown), its casinos, restaurants, luxurious hotels and its underworld. City of devils tells the story of this underworld through two of its main figures, Joe Farren and his dancers and Jack Riley and his slot machines. It is a story of poverty, of rise to riches, of downfall, all set against the background of a word plunging slowly into chaos.

 

Why should you read the book?

Because you are going to learn a lot. I knew of the Treaty ports and the concession because I had read Le Lotus Bleu and been to Shanghai. But I didn’t know about Farren and Riley, had no idea about the Badlands, the size of the White Russian community in Shanghai nor of the life of the hundreds (if not thousands) of Jewish refugees who lived there in the 1930s.

City of Devils is a book you cannot put down. Not that the characters are particularly likeable (Farren sort of is, Riley less so), but because it describes a fascinating world that has completely disappeared and has been largely forgotten. The book also chronicles the fall of Shanghai to the Japanese and the ruthless and violent regime they impose. In a way, in the 1930s Shanghai was the Orient’s answer to 1920s Berlin, in its unbridled love of life, in its abject poverty and in its ultimately tragic fate.

Finally, the writing style of Paul French is sometimes difficult (he uses a lot of slang of the time that I struggled with as a non-native speaker), but very good. It is quick, witty and really engaging.

An amazing book that I highly recommend!

Livres de l’été/Summer reading – Call the midwife stories by Jennifer Worth

Summer. The time of year when you think you are going to do nothing but read. Turns out that while this was the case for my first week of holidays (heatwave and being in a place with not much to do), the rest of the holidays was so packed with interesting walks, sights and other things that I went through my reading list much more slowly than planned. Getting stuck in the quagmire that is Out of Africa (more on this later) didn’t help either.

 

For this first review, I’ll start with the Complete call the midwife stories by Jennifer Worth.

What is this about?

As described on an online-shopping site: London’s East End in the 1950s was a tough place: the struggles of post-war life – bombsites, overcrowded tenements, crime, brothels – bred a culture of tight-knit family communities, larger-than-life characters and a lively social scene. It was into this world that Jennifer Worth entered as a trainee midwife. But docklands life was tough, and babies were often born in slum conditions. In funny, disturbing and heartbreaking stories, Jennifer Worth recounts her time among nuns, prostitutes, abortionists, bigamists, gangsters and expectant mothers, portraying East Enders’ amazing resilience – and their warmth and humour in the face of hardship. Written with affection and nostalgia, her midwife stories chronicle the lives, traditions and tales of a bygone era.

As described by yours truly: a young trainee midwife from a middle-class background discovers the poverty of London’s East End through the her work with East Ender women. She learns to forget her prejudices and gets to understand and even love and admire these people.

 

Why should you read the book?

First, if you’ve seen the BBC series (also on Netflix), then it would be very interesting to read the actual stories behind the series. Because guess what? There is a lot less births described and a lot less happy endings. Really, a lot less happy endings. It reminded me of watching the series Paradise, based on Zola’s Bonheur des dames, and realising they had completely soften Mouret’s ruthless capitalism and the way he drove the old umbrella shop owner to bankruptcy. As if the BBC cannot quite portray the reality of poverty on screen.

The books are a very good description of life in the East End, with all its challenges and desperate situations. The living and housing conditions in the 1950s were appalling as the area had been seriously hit by the Blitz. Despite the hardships, Worth recalls with undeniable fondness and admiration the people she met during her years as a midwife.

The books are also a good way to learn about workhouses and their lasting effects. I naively thought that they had closed around 1920. It turns out that they closed later than this and that by the time of their closure they were still full of inmates who had nowhere to go. The last book in the series, In the shadow of the workhouse, relates very poignant stories of workhouse inmates and of the lasting scars the workhouse left on them.

Finally, I also learned about Anglican nuns (I thought that with the dissolution of monasteries in the 16thcentury, there was no such thing as an Anglican nun), prostitution in the late 19th/early 20thcentury and more precisely about Josephine Butler.

So, if you want social history through real life stories, this is a very good book. Simply forget all the happy endings of the BBC series.

Expo Willy Ronis au Pavillon Carré de Baudouin (20ème)

J’avais vu passer cette expo sur le compte Instagram de Fisheye (je crois. Ou de la fondation HCB, peut-être) et n’ayant aucun plan particulier ce samedi, j’ai étrenné mes baskets neuves du côté de Ménilmuche. Entre parenthèse, j’ai compris pourquoi (feu) mon grand-père parlait toujours de descendre Ménilmuche à vélo et jamais de monter. C’est bien casse-pattes à pied, j’ose pas imaginer à vélo.

Bref.

Willy Ronis.

Comme son nom l’indique, Willy Ronis est un photographe purement parisien né en 1910. Je l’avais (re)découvert en 2016 lors de la très belle expo « Le front populaire des photographes » à la mairie de Paris.

Je dis (re)découvert parce que comme tout le monde (ou presque) je connaissais sa photo dite du « Petit parisien » courant avec sa baguette sous le bras, tout aussi célèbre que celle d’HCB du gamin portant fièrement deux bouteilles de vin (et je crois que Doisneau a une photo similaire d’un de ces gamins de Paris portant un pain presque trop grand pour lui), mais c’était tout.

La rétrospective qui lui est consacrée à Ménilmontant s’ouvre fort logiquement sur ses photos du quartier et de Belleville. Des photos réalisées après guerre (1947, 1955) qui montre la pauvreté du milieu ouvrier parisien mais qui ne sont aucunement misérabiliste. Comme tous les grands photographes de cette génération (HCB, Chim et dans une moindre mesure Capa – moindre mesure car une grande partie de ses œuvres sont faites sur les champs de bataille), il y a une grande humanité et une véritable empathie dans le regard de Willy Ronis. L’affection indéniable du photographe pour ses sujets transparaît dans toutes les photos.

L’expo (gratuite) aurait pu s’arrêter là et elle aurait déjà valu le détour. Mais la salle Belleville/Ménilmontant n’est qu’un amuse bouche et il reste encore 4 grandes salles d’expo retraçant la carrière de Willy Ronis: le front populaire et les grèves, les photos de tourisme pour les affiches SNCF, et des dizaines de photos du quotidien, celui de sa famille (son fils endormi, le fameux nu provençal) et celui des gens rencontrés lors de ses voyages et reportages.

Une mention particulière aux autoportraits, et surtout le dernier réalisé en parachute, où on voit un Willy Ronis de plus de 70ans avec le sourire d’un gosse.

La petite dizaine de nus exposée est aussi très intéressante par leur composition.

Et bien sûr, que du noir et blanc.

Seul bémol pour moi, les tirages sont des tirages modernes sur imprimante, et non pas du gelatino-argentique. La contrepartie c’est que la plupart sont disponible en impression sur demande et que je pense m’offrir le nu au polo rayé!

Donc voilà: c’est gratuit, c’est super et c’est jusqu’à fin septembre.

Voyage en Germanie romaine

Il y a un peu plus d’un an, Arte diffusait une série en 3 épisodes « les Romains en Germanie ». Loin de Varus et de ses légions, le reportage était centré sur les colonies romaines en Germanie (Cologne = colonia). Ayant vécu à Luxembourg, connaissant Trèves je découvrais alors qu’il existait dans la région une villa romaine reconstituée. Le genre de chose dont je me plains de l’absence tous les étés en Provence. 
Un an après, j’étais de retour à Luxembourg. Il va sans dire que la Germanie romaine était assez haut sur ma liste de choses à faire dès le printemps. 
Il y a quelques jours j’ai donc pu découvrir la villa romaine de Borg. 


Borg, c’est un parc archéologique sur lequel a été reconstruit une villa similaire à celle qui a été découvert sur place. Nous ne sommes pas à Guedelon, il ne s’agit pas de reconstruire avec les matériaux et les méthodes de l’époque mais de donner une idée de ce qu’était la villa de Borg. 

J’ai trouvé ça très réussi. Si vous avez vu des images de synthèse de villas romaines (Pompéi par exemple), c’est exactement ça, le plaisir de voir ça « en vrai » en plus. 

Le site comporte également un restaurant « romain ». Pas de tétons de loutre ou d’œuf de je ne sais pas quoi dans de la gelée. Simplement du porc, des fèves et quelques produits locaux (vins mosellans, moutarde de Metlach). Et du sel. Un peu trop à mon goût. 
Après Borg, direction Nennig. Au vu du plan de la villa, Borg c’était la villa du petit propriétaire qui avait réussi et Nennig celle du grand propriétaire terrien. Le genre de personne qui peut se faire construire une colonnade couverte de 250m de long et 8m de large pour relier sa villa à ses bains privés. Voilà. 

À Nennig, impossible de reconstruire la villa (faudrait raser la moitié du village), mais il reste quelques socles de la colonnade, le tumulus familial à l’entrée du village et surtout une magnifique mosaïque qui ornait l’entrée de la villa. En quelques mots, c’est une des plus belles mosaïques que j’ai eu l’occasion de voir hors de celles du Louvre ou d’Istanbul (ces dernières étant plus tardives).

Et pour finir ce voyage, un petit tour par Mehring près de Trèves. 

Là il ne s’agit pas de villa luxueuse mais plutôt utilitaire. Un petit côté fort romain aménagé en villa (les voisins étaient-ils peu sympathiques?) et une vue magnifique sur la Moselle. 


Pour cause de fête nationale Luxembourgeoise, il ne nous a pas été possible de visiter la villa romaine d’Echternach mais ce n’est que partie remise. 
En conclusion, pour quelqu’un qui passe régulièrement ses vacances en Provence, cette petite vadrouille en Germanie romaine m’a montré comment on peut mettre en valeur un patrimoine. Tous les ans en Provence je regarde les vignes et les champs et je pense aux villas romaines qui doivent se trouver sous ces champs et qui restent cachées parce que les propriétaires ne veulent pas voir débarquer l’INRAP. Il y a quelques années, une mosaïque avait été découverte sous un champ. Elle a été prélevée mais aucune fouille supplémentaire n’a été faite. Je sais bien qu’on ne peut pas faire un musée à chaque fois qu’on découvre mosaïque (quoi que… une semaine en Grèce m’a donné l’impression que chaque village avait son musée archéologique), mais je trouve qu’il y a une sous-exploitation du patrimoine antique en Provence hors des sites majeures que sont Arles, Nîmes, les Beaux, Orange et Vaison la Romaine.
Bien entendu, sur les bords de la Moselle on se rend également compte de la taille de l’Empire romain. Et de l’absurdité des frontières en Europe. J’ai repensé à ces dessins de Hansi expliquant que la rive droite du Rhin était civilisée et la rive gauche, germanique, était le territoire des barbares. En franchissant environ 5 fois la Moselle en une journée, je me suis dit que j’avais de la chance de vivre dans une époque (et une Europe) à mille lieux de celle de Hansi. 
Donc si vous passez par la Moselle, aller à Borg, et aller à Nennig!