Flamboyant Second Empire, Xavier Mauduit et Corinne Ergasse

Le livre résumé par son éditeur (Armand Colin)

Napoléon III a longtemps été décrié mais l’homme est plus complexe qu’il n’y paraît. Sous le Second Empire, entre 1852 et 1870, la France connaît des avancées spectaculaires qui la font entrer dans la modernité et dans la révolution industrielle.

Que ce soit dans les sciences et techniques, les arts et la littérature, la politique, la vie quotidienne, l’éducation et la santé, l’architecture et l’urbanisme, le Second Empire a transfiguré la France.

Xavier Mauduit et Corinne Ergasse nous invitent à redécouvrir, avec plaisir, l’histoire méconnue de ces vingt années flamboyantes.

Parmi ses nombreuses escales, ce voyage à travers le temps nous conduit notamment à Paris, que le baron Haussmann transforme en ville lumière ; à Compiègne, pour assister aux somptueuses réceptions du régime ; à Bordeaux, qui envoie ses meilleurs crus à l’Exposition universelle de 1855 pour leur premier classement ; à Deauville, où le duc de Morny crée la station balnéaire emblématique du développement des lieux de villégiature, et partout en France où les hommes ont cru le progrès sans limite.

 

Le résumé si je l’avais écris

Ringard le Second Empire ? Dépassé, uniquement préoccupé de faste, d’opérettes d’Offenbach et de robes de Charles Frederick Worth ? Pas du tout !

Le Second Empire, c’est l’entrée de la France dans la révolution industrielle, le développement du chemin de fer (toutes ces nouvelles gares parisiennes), les expositions universelles, les grands projets d’urbanisme, les débuts de l’impressionnisme ! Le Second Empire c’est donc le début de la France moderne.

Embarquez pour une découverte expresse du Second Empire, entre grandes avancées techniques et petites histoires.

 

Critique

Se tient en ce moment à Orsay une exposition « Spectaculaire Second Empire ». Ce livre est le compagnon idéal de l’exposition. Organisé autour de grands thèmes (le quotidien, l’urbanisme, sciences et techniques etc…) il présente sur un ton dynamique et souvent humoristique et ironique (« la politique agricole impériale » ; « Al2O3, quoi ! Apparition de l’aluminium ») ces inventions ou ces pratiques que nous tenons pour normales et qui sont nées durant le Second Empire.

Comme le style est enjoué (et enlevé), le livre se lit très vite. On est bien loin des cours d’histoire de Première où le Second Empire se résume à « Coup d’Etat de 1852 – Guerre de Crimée – Expédition du Mexique – Défaite de Sedan ».

C’est une bonne introduction à l’histoire du période mal connue, une sorte de Que-sais-je qui pour une fois ne serait pas indigeste (ni écrit en arial 9).

 

Vous aimez les crinolines ? Vous voulez savoir pourquoi il y a une station Pereire du RER C ? Pourquoi la gare d’Orsay ? Qui est à l’origine du Salon des Refusés ? Flamboyant Second Empire a les réponses !

Expo: Mata Hoata, arts et société aux Iles Marquises

Musée du Quai Branly, Paris jusqu’au 24/07

 

Ces dernières années, je suis devenue une inconditionnelle des expos du Quai Branly: les sujets sont variés et elles sont une façon plus accessible d’aborder les arts premiers qu’une balade dans la collection permanente (si énorme qu’elle est assez intimidante et lasse vite).

Deux expos sont présentées en ce moment: Chamanes et Divinité au niveau de la mezzanine et Mata Hoata au rez-de-chaussée.

Quand on dit Marquises, je pense immédiatement à Brel (« ils parlent de la mort comme tu parles d’un fruit ») et ensuite à Gauguin. Mais à part ces deux regards occidentaux, je ne connaissais pas grand-chose de la culture des Marquises, rangée pour moi dans cet ensemble polymorphe que forment les cultures du Pacifique. Cette expo était donc l’occasion d’en apprendre plus sur l’art et la société des îles Marquises.

N’étant pas une spécialiste des arts premiers, je ne peux pas porter un jugement ethnographique sur la qualité de l’exposition et sa muséographie. Mais de mon point de vue profane, je l’ai trouvé très bien faite. L’expo est lumineuse et la circulation y est facile, les œuvres exposées sont bien présentées et le contexte culturel est très bien expliqué (une marque des expos du Quai Branly qui est un des rares musées français à avoir compris l’importance de soigner les cartouches). J’ai particulièrement aimé les deux couloirs montrant le regard des voyageurs occidentaux sur les îles et leurs habitants. Un regard qui évolue, passant de l’admiration à une condescendance toute coloniale et qui aussi montre le délitement de la société traditionnelle sous l’influence des colons et de l’Eglise (notamment l’interdiction des tatouages).

Néanmoins, l’exposition se termine sur une note positive, mettant en avant le renouveau de la culture traditionnelle: danses, tatouages et langue.

 

Un beau moment d’évasion.

 

Site internet: http://www.quaibranly.fr/fr/expositions-evenements/au-musee/expositions/details-de-levenement/e/matahoata-36333/

Qui a peur des femmes photographes? exposition Musée d’Orsay et musée de l’Orangerie

Jusqu’au 24 janvier (Orsay) et 25 janvier (Orangerie)

L’exposition est divisée en deux parties chronologiques: 1849-1918 est présenté à l’Orangerie, et 1918-1945 au musée d’Orsay.

 

Qui a peur des femmes photographes? s’attache à montrer que dès l’invention de la photographie, les femmes se sont saisies de ce nouvel « art » (pas vraiment défini comme tel au départ d’ailleurs) en y apportant une touche différente, sans que l’on puisse parler – à mon sens en tout cas – de touche nécessairement « féminine ».

 

1839-1918

C’est dans la partie de l’exposition qui se trouve à l’Orangerie que l’on voit plus facilement ce qui distingue les photographes femmes de leurs homologues masculins de cette époque. Il s’agit avant tout d’une distinction sur les sujets. Les scènes intimes et familiales sont très largement représentées, de même que des paysages de campagnes qui évoquent les dessins et aquarelles que les jeunes femmes de la haute société se devaient de peindre.

Car encore plus que pour la peinture, on se retrouve là face à un moyen d’expression qui est réservé aux plus aisés, parce que cher. Le meilleur exemple est la reine Alexandra (épouse d’Edouard VII) dont plusieurs photographies et collages sont exposés.

De façon plus étonnante, on trouve aussi des photographies sociales ou revendicatrices: celle des bœufs muselés et sous le joug avec comme titre « allégorie du mariage » est très drôle.

L’exposition montre également que des femmes photographes ont couvert la Première guerre mondiale. En effet, des appareils photos avaient été donnés à des infirmières afin de photographier leur quotidien. Photographies évidemment soumises à la censure.

 

1918-1945

Dans la seconde partie de l’exposition, j’ai trouvé qu’il était assez difficile de voir une quelconque spécificité « féminine » des photographies exposées. Les thèmes et les expérimentations (juxtaposition d’une photo sur l’autre – celle de la femme chat est superbe – travail sur la lumière, la composition etc…) sont les mêmes que celles réalisées par les photographes masculins de l’époque.

Certaines des photos, notamment de réfugiés ou de victimes de guerre, montrent une grande sensibilité, mais cela n’a rien de spécifiquement féminin: il suffit de regarder les photos exposées de Taro et les comparer à celles prises par Capa au même moment et au même endroit pour trouver la même humanité (voire parfois plus de douceur dans les photos de Capa qui, je trouve, cadrait beaucoup plus près que Taro).

Ce qui d’une certaine façon pose une autre question: pourquoi les femmes photographes sont-elles aussi peu connues? Parmi les photographies exposées se trouve celle de la mère migrante (Article wikipédia FR). Une photo mondialement connue (c’est la couverture de mon édition de poche des Raisins de la colère) mais avant de la voir dans cette exposition, j’ignorais totalement qu’elle avait été prise par une femme (idem dans la première partie de l’exposition pour le portrait de Darwin). Une des raisons à cela est la difficulté à l’époque pour tous les photographes à voir leur travail crédité avec leur nom clairement indiqué. Mais malgré tout, on ne peut s’empêcher de se demander pourquoi les femmes photographes ont eu tant de mal à être reconnues.

L’exposition a au moins le mérite de montrer qu’elles ont autant de talent et surtout qu’elles ont participé à l’aventure de la photographie depuis son invention.

 

Lors de l’expo j’ai acheté « Gerda Taro, Inventing Robert Capa » de Jane Rogoyska. Gerda Taro (Porohylle de son vrai nom) était l’amie et la compagne de Capa. C’est elle qui a eu l’idée de créer le personnage de « Robert Capa grand photographe américain » afin de lui permettre de vendre ses photos plus cher (André Friedmann, émigré juif hongrois n’était pas vraiment vendeur dans le Paris des années 30). Capa l’a initié à la photographie et elle a couvert avec lui la guerre d’Espagne. Elle mourut en 1937 après une bataille, écrasée par un char. Sa mort a, au dire de leurs amis communs dont Cartier-Bresson, beaucoup bouleversé Capa.

Jusqu’à très récemment l’œuvre de Taro était très peu connue. Ses premières photos de la guerre d’Espagne avaient été publiées sous le nom Capa (avec son accord), afin de faciliter leur achat par la presse. Peu après, elle réussit à publier sous son nom. En 1939 au moment de quitter la France, Capa cherche à mettre en sûreté toute une série de négatifs de la guerre d’Espagne, dont tous ceux qu’il avait conservés de Taro (et dont la plupart étaient clairement identifiés comme étant d’elle). Ces négatifs formeront la célèbre « valise mexicaine » retrouvée au début des années 2000. Ce n’est qu’avec la découverte de cette valise que l’œuvre de Taro a finalement pu être appréciée.

L’histoire de Taro et Capa est assez révélatrice des problèmes auxquelles ont été confrontées les femmes photographes qui fréquentaient ou travaillaient avec des hommes eux-mêmes photographes. Si les clichés n’étaient pas clairement identifiés (ce qui n’était pas toujours le cas notamment pour les photos de presse), ils finissaient par être attribués à l’homme avec lequel elles travaillaient/vivaient. Dans le cas de Taro et Capa, alors même que Capa n’a jamais cherché à s’attribuer les photos de Taro, après sa mort en 1954 une grande partie des photos de la guerre d’Espagne prises par Taro se sont retrouvées affublées de la légende « Photo Capa ». Ce qui montre bien un biais sexiste, très certainement inconscient, de nos sociétés.

 

Plus de détails sur l’exposition ici: Site du musée d’Orsay